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Stage au Maroc : convention, indemnité et droits du stagiaire — le guide 2026

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Équipe e-RH Pro
16 min de lecture
Convention de stage, indemnité minimale de 1 600 DH, programme IDMAJ de l'ANAPEC, requalification en CDI : tout ce que dit la loi sur le stage au Maroc en 2026.
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Rédigé par

Expert ERH Pro

Expert en droit du travail & ressources humaines, Maroc

Spécialiste du droit du travail marocain avec plus de 10 ans d'expérience en gestion des ressources humaines et en conseil juridique pour les entreprises marocaines. Ses guides et analyses sont publiés sur e-RH Pro, la référence RH au Maroc.

Contenu vérifié par des expertsDernière révision : 2026-08-16

Chaque année, des milliers d'étudiants et de jeunes diplômés frappent à la porte des entreprises marocaines pour décrocher un stage. Mais entre le stage obligatoire intégré à une scolarité, le stage volontaire et le contrat de stage formation-insertion de l'ANAPEC, les règles du jeu ne sont pas les mêmes — et beaucoup d'employeurs comme de stagiaires les découvrent sur le tas.

Le sujet est loin d'être anecdotique : au premier trimestre 2026, le chômage des 15-24 ans atteint 29,2 % au Maroc selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP), et le stage reste l'une des principales portes d'entrée vers un premier emploi. Convention, indemnité, protection sociale, risque de requalification en contrat de travail : voici tout ce que la loi dit — et ne dit pas — sur le stage au Maroc, côté stagiaire comme côté employeur.

29,2 %Chômage des 15-24 ans au T1 2026 (HCP)
1 600 DHIndemnité minimale du stage formation-insertion
24 moisDurée maximale du stage, non renouvelable
6 000 DHPlafond d'indemnité pour bénéficier des exonérations

En résumé

  • Un stagiaire n'est pas un salarié : au sens de l'article 6 du Code du travail, le salariat suppose une activité exercée sous la direction d'un employeur moyennant rémunération. Le stage a un objet pédagogique, ce qui change tout sur le plan juridique.
  • Les stages « formation-insertion » sont encadrés par le dahir portant loi n° 1-93-16 (23 mars 1993, modifié) : durée maximale de 24 mois non renouvelable, indemnité mensuelle d'au moins 1 600 DH, convention de stage visée par l'administration et obligation pour l'entreprise de recruter au moins 60 % des stagiaires.
  • L'indemnité de stage n'est pas un salaire : dans le cadre du dispositif ANAPEC (programme IDMAJ), elle ouvre droit à des exonérations de cotisations CNSS/TFP et d'impôt sur le revenu, dans la limite de 6 000 DH par mois.
  • Les stagiaires bénéficient de la législation sur les accidents du travail et les maladies professionnelles, ainsi que des règles de durée du travail, de repos hebdomadaire et de congé annuel payé (article 5 du Code du travail).
  • Le principal risque pour l'employeur est la requalification du stage en contrat de travail : si le stagiaire occupe en réalité un poste de travail permanent sous lien de subordination, il peut réclamer les droits attachés au statut de salarié.

1. Un stagiaire n'est pas un salarié : ce que dit le Code du travail

Avant de parler convention ou indemnité, il faut poser la base juridique : le stage n'est pas un contrat de travail. Le Code du travail (loi n° 65-99) définit le salarié à l'article 6 comme toute personne qui s'est engagée à exercer son activité professionnelle sous la direction d'un ou plusieurs employeurs, moyennant rémunération. Ce qui caractérise le contrat de travail, c'est donc le trio prestation, rémunération, lien de subordination.

Le stage, lui, a un objet pédagogique : il s'agit d'acquérir une expérience et des compétences, pas d'occuper un poste de façon permanente. C'est cette finalité de formation qui justifie un régime distinct — et c'est aussi ce qui fait toute la fragilité juridique du dispositif quand la frontière se brouille.

1.1 Les trois catégories de stages au Maroc

En pratique, on distingue trois situations très différentes :

  • Le stage obligatoire (ou stage d'études) : il est intégré à une scolarité et conditionne l'obtention d'un diplôme. Il fait l'objet d'une convention tripartite entre l'étudiant, l'établissement de formation et l'entreprise d'accueil. Le stagiaire garde son statut d'étudiant.
  • Le stage volontaire : effectué de sa propre initiative par l'étudiant ou le jeune diplômé, en dehors d'une obligation scolaire. Il n'entre pas dans le règlement des études menant au diplôme, et le régime juridique est moins protecteur — c'est là que le risque de requalification est le plus élevé.
  • Le stage de formation-insertion : c'est le dispositif encadré par le dahir portant loi n° 1-93-16 du 23 mars 1993, géré par l'ANAPEC dans le cadre du programme IDMAJ. Il s'adresse aux demandeurs d'emploi diplômés et bénéficie d'un régime social et fiscal avantageux pour l'entreprise.

1.2 Les stagiaires couverts par plusieurs protections du Code du travail

L'article 5 du Code du travail le précise noir sur blanc : les bénéficiaires des stages de formation-insertion et de formation par apprentissage sont soumis aux dispositions relatives à la réparation des accidents du travail et des maladies professionnelles, ainsi qu'aux règles du Code du travail concernant la durée du travail, le repos hebdomadaire, le congé annuel payé, les jours de repos et de fêtes et la prescription.

Concrètement, un stagiaire ne peut pas être soumis à un rythme de travail sans limite : horaires encadrés, repos hebdomadaire, congés payés et jours fériés s'appliquent. Et en cas d'accident pendant le stage, il est couvert par le régime des accidents du travail. Ce n'est donc pas une zone de non-droit : c'est un régime hybride.

2. La convention de stage : le document qui protège tout le monde

Quel que soit le type de stage, un écrit est indispensable. Sans document signé, la relation est confuse — et c'est précisément cette confusion qui conduit les tribunaux à requalifier un stage en contrat de travail.

2.1 Les mentions obligatoires de la convention

Pour les stages de formation-insertion, l'article 6 du dahir n° 1-93-16 impose une « convention de stage formation-insertion » dont le modèle est fixé par voie réglementaire (décret n° 2-91-517). Elle doit préciser :

  • l'affectation du stagiaire, c'est-à-dire les tâches qui lui sont confiées ;
  • les obligations auxquelles il est soumis ;
  • la durée hebdomadaire du stage ;
  • les congés annuels ;
  • le montant de l'indemnité de stage ;
  • les cas particuliers dans lesquels il peut être mis fin au stage.

Pour les stages scolaires (obligatoires), la convention tripartite signée par l'école, l'entreprise et l'étudiant reprend les mêmes informations : missions, dates, horaires, gratification éventuelle, assurance. Elle doit être signée dès le démarrage du stage et, à la fin, l'entreprise remet une attestation de stage — un document que l'étudiant doit absolument exiger pour valoriser son expérience.

2.2 Le visa de l'administration : une étape à ne pas sauter

Point souvent ignoré : le contrat de stage formation-insertion ne produit ses effets qu'après visa par l'administration (article 7 du dahir). Dans le circuit ANAPEC, le contrat est instruit en ligne sur le portail anapec.org, puis déposé en agence avec les pièces du dossier (CIN, diplôme, déclaration sur l'honneur de premier contrat d'insertion) pour validation et visa. C'est la date de validation qui marque le point de départ officiel du stage et de ses avantages.

3. Indemnité de stage : montants, plafonds et exonérations

C'est la question que tout stagiaire se pose : combien vais-je toucher ? La réponse dépend du type de stage.

3.1 Le plancher légal : 1 600 DH par mois

Pour les stages de formation-insertion, l'article 5 du dahir n° 1-93-16 fixe une indemnité mensuelle minimale de 1 600 dirhams. Dans le cadre du programme IDMAJ, l'indemnité versée se situe entre 1 600 et 6 000 DH selon le profil du candidat et l'accord entre les parties. Au-delà de 6 000 DH, l'entreprise et le stagiaire perdent le bénéfice des exonérations prévues par le dispositif.

Attention à la nuance : cette indemnité est une rétribution de stage, pas un salaire. Le stagiaire d'un stage scolaire obligatoire n'a, lui, aucun droit automatique à une gratification — mais l'usage du marché marocain veut que les entreprises versent une prime de stage, notamment pour couvrir les frais de transport et de restauration.

3.2 Les exonérations : un dispositif gagnant-gagnant encadré

Le dahir n° 1-93-16, modifié notamment par les lois 13-98, 39-06 et 101-14, organise un ensemble d'avantages conditionnés au niveau de l'indemnité :

Élément du dispositifRègle applicable
Indemnité mensuelle minimale1 600 DH (art. 5 du dahir n° 1-93-16)
Plafond pour bénéficier des exonérations6 000 DH par mois ; au-delà, perte des avantages
Cotisations CNSS et TFPExonération des parts patronale et salariale sur l'indemnité de stage
Impôt sur le revenuExonération de l'IR sur l'indemnité de stage dans la limite de 6 000 DH (loi de finances 2006 et suivantes)
AMOCotisations patronales et salariales AMO prises en charge par l'État (art. 1er bis, loi 101-14)
Durée du stage24 mois maximum, non renouvelable (art. 4)
Obligation de recrutementL'entreprise doit recruter au moins 60 % des stagiaires (art. 2 bis)

Autre avantage souvent oublié : en cas de recrutement définitif du stagiaire pendant ou à l'issue du stage, l'État prend en charge pendant douze mois la part patronale des cotisations CNSS, et les exonérations sont maintenues une année supplémentaire. Pour l'employeur, c'est une aide directe à l'embauche ; pour le stagiaire, un vrai tremplin vers le CDI.

3.3 Un exemple chiffré : indemnité de 2 500 DH

Prenons un jeune diplômé inscrit à l'ANAPEC, recruté en contrat d'insertion IDMAJ avec une indemnité mensuelle de 2 500 DH. Ce montant étant compris entre 1 600 et 6 000 DH :

  • le stagiaire touche 2 500 DH nets : pas de cotisations CNSS salariales, pas d'IR ;
  • l'entreprise ne paie ni part patronale CNSS ni TFP sur cette indemnité ;
  • l'État prend en charge les cotisations AMO du stagiaire.

Si le stagiaire est ensuite recruté en CDI à 5 000 DH, le salaire devient pleinement soumis à cotisations et à l'IR — vous pouvez estimer le résultat avec notre calculateur de salaire net. Et pour comprendre ce qui sera prélevé une fois salarié, notre guide des cotisations CNSS détaille les taux 2026.

4. Requalification du stage en contrat de travail : le risque à connaître

C'est le point de vigilance n°1 pour les employeurs. La frontière entre stage et emploi salarié est juridique, pas déclarative : ce n'est pas l'intitulé du document qui compte, mais la réalité de la relation.

4.1 Les critères qui font basculer le stage en contrat de travail

Si le stagiaire démontre que les trois critères du contrat de travail de l'article 6 du Code du travail sont réunis — prestation de travail, rémunération, lien de subordination — sans contrepartie pédagogique réelle, il peut demander la requalification de la relation en contrat de travail et réclamer les droits attachés au statut de salarié : rappels de salaires sur la base du SMIG ou du salaire pratiqué dans l'entreprise, congés payés, indemnités de rupture. Les situations à risque classiques : le stagiaire qui occupe seul un poste permanent, qui produit un travail identique à celui d'un salarié sans encadrement ni formation, ou qui enchaîne plusieurs stages successifs dans la même entreprise.

Le non-respect scrupuleux du contrat de stage, ou le détournement de son objet pédagogique, sont de nature à entraîner cette requalification — un risque documenté pour les stages facultatifs, où l'absence de convention tripartite laisse le champ libre à l'interprétation.

4.2 Les obligations de l'employeur pendant le stage

Pour rester dans le cadre, l'entreprise d'accueil doit :

  • respecter le règlement intérieur et les règles d'hygiène et de sécurité applicables à tous les présents dans l'entreprise ;
  • s'acquitter de la cotisation accidents du travail/maladies professionnelles pour le stagiaire, même si celui-ci bénéficie par ailleurs d'une couverture (étudiante ou parentale) — cette cotisation reste due ;
  • encadrer réellement le stagiaire : tuteur désigné, missions conformes à la convention, tâches « susceptibles d'assurer sa formation-insertion » (art. 3 du dahir) ;
  • déclarer le stagiaire à la CNSS au même titre que les autres salariés, même si les cotisations sont exonérées dans le cadre du dispositif d'insertion (art. 11 du dahir) ;
  • remettre une attestation de fin de stage mentionnant la nature des travaux exécutés (art. 8 du dahir).

Bonne pratique d'assurance : vérifier que la responsabilité civile de l'entreprise couvre les stagiaires, soit par une police dédiée, soit par un avenant « stagiaires » au contrat RC existant.

5. Stage, période d'essai, ANAPEC : ne pas confondre les dispositifs

5.1 Stage vs période d'essai

La période d'essai s'inscrit dans un contrat de travail déjà conclu : le salarié est embauché, cotise et peut être rompu selon les règles du Code du travail. Le stage, lui, précède l'embauche éventuelle. Attention toutefois à un point favorable au stagiaire : en cas de recrutement définitif à l'issue d'un stage formation-insertion, l'article 9 du dahir n° 1-93-16 prévoit que le stagiaire peut être dispensé de la période d'essai. Et si l'entreprise recrute en CDI après un stage classique, la durée du stage peut être prise en compte dans la relation de travail selon les termes du nouveau contrat.

Pour tout savoir sur les durées et les règles de rupture de l'essai, consultez notre guide complet sur la période d'essai au Maroc.

5.2 Le programme IDMAJ de l'ANAPEC en pratique

Le programme IDMAJ est le principal canal des contrats d'insertion. Le parcours type : sélection du candidat par l'entreprise, inscription du jeune à l'ANAPEC (obligatoire pour bénéficier du dispositif), instruction du contrat en ligne, dépôt du dossier en agence pour validation et visa, puis démarrage du stage. L'entreprise qui utilise le dispositif doit respecter l'obligation de recruter au moins 60 % des stagiaires ayant accompli le stage, sous peine de perdre les avantages au prorata. En 2026, avec un chômage des jeunes à 29,2 % selon le HCP, ce dispositif reste l'un des outils d'insertion les plus utilisés au Maroc.

6. Checklist employeur : sécuriser l'accueil d'un stagiaire

  • Qualifier correctement le besoin : stage pédagogique ou besoin de main-d'œuvre ? Dans le second cas, c'est un contrat de travail (CDD ou CDI) qu'il faut conclure.
  • Faire signer la convention ou le contrat de stage avant le premier jour, avec toutes les mentions obligatoires (missions, durée hebdomadaire, indemnité, congés).
  • Pour un contrat d'insertion : vérifier l'inscription du candidat à l'ANAPEC et faire viser le contrat avant le démarrage.
  • Déclarer le stagiaire à la CNSS et payer la cotisation accidents du travail.
  • Désigner un tuteur et prévoir un plan de formation concret, traçable.
  • Vérifier la couverture responsabilité civile pour les stagiaires.
  • Ne pas dépasser 24 mois pour un stage formation-insertion, ni confier des tâches sans lien avec la formation.
  • Remettre l'attestation de fin de stage à l'échéance.

Questions fréquentes

Un stage est-il obligatoire pour obtenir son diplôme ?

Non, pas automatiquement : le stage obligatoire est celui qui est inscrit dans le règlement des études menant au diplôme. Chaque établissement définit ses règles. Si votre cursus ne prévoit pas de stage, vous pouvez toujours en effectuer un volontairement — il faudra alors formaliser la relation par un contrat de stage, idéalement visé.

Quel est le montant minimum d'une indemnité de stage au Maroc ?

Pour les stages de formation-insertion régis par le dahir n° 1-93-16, l'indemnité mensuelle ne peut être inférieure à 1 600 DH. Pour les stages scolaires classiques, aucun minimum légal n'est fixé : c'est l'accord entre l'entreprise et le stagiaire qui s'applique, l'usage du marché étant de verser une prime couvrant au moins les frais de transport et de repas.

L'indemnité de stage est-elle imposable ?

Dans le cadre du dispositif d'insertion, l'indemnité de stage est exonérée d'impôt sur le revenu dans la limite de 6 000 DH par mois, à condition que le stagiaire soit titulaire d'un diplôme de l'enseignement supérieur ou de la formation professionnelle et que le contrat respecte le circuit ANAPEC. Au-delà de ce plafond, les avantages sont perdus.

Un stagiaire a-t-il droit aux congés payés ?

Oui. L'article 5 du Code du travail soumet les stagiaires de formation-insertion et les apprentis aux dispositions sur le congé annuel payé, le repos hebdomadaire et les jours de repos et de fêtes. La convention doit d'ailleurs mentionner les congés annuels applicables.

Que se passe-t-il si mon entreprise refuse de me verser l'indemnité prévue ?

Si le montant figure dans la convention ou le contrat de stage visé, c'est une obligation contractuelle. Le contrôle de l'application du dahir n° 1-93-16 est assuré par les agents de l'inspection du travail et les agents commis par l'autorité gouvernementale chargée de l'emploi (art. 13 du dahir) : vous pouvez saisir l'inspection du travail compétente ou l'agence ANAPEC qui a validé le contrat.

Peut-on enchaîner plusieurs stages dans la même entreprise ?

C'est juridiquement risqué. Pour les stages formation-insertion, la durée totale ne peut de toute façon pas dépasser 24 mois non renouvelables, avec une seule exception : en cas de rupture du contrat dans les six premiers mois, le stagiaire peut effectuer un dernier stage chez un autre employeur, toujours dans la limite des 24 mois. Enchaîner les stages successifs sur un même poste expose l'entreprise à une requalification en contrat de travail.

Le stage formation-insertion débouche-t-il sur une embauche ?

Souvent, oui : le dispositif impose à l'entreprise de recruter au moins 60 % des stagiaires ayant accompli le stage, sous peine de perdre les exonérations au prorata. Et en cas de recrutement définitif, le stagiaire peut être dispensé de la période d'essai (art. 9 du dahir), tandis que l'État prend en charge la part patronale CNSS pendant douze mois.

Sources et références

Tags :#stage#convention de stage#indemnité de stage#ANAPEC#droit du travail#jeunes diplômés

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