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Sécurité privée au Maroc : la journée de 8 heures est en vigueur (loi n° 32.26)

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Équipe e-RH Pro
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La loi n° 32.26 (BO du 16 juillet 2026) impose la journée de 8 heures aux agents de sécurité privée, mettant fin aux vacations de 12 heures payées 8. Impact : +50 % de masse salariale par poste, délai transitoire jusqu''au 16 avril 2027. Guide pour les RH et les donneurs d''ordre.
Sécurité privée au Maroc : la journée de 8 heures est en vigueur (loi n° 32.26)
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Rédigé par

Expert ERH Pro

Expert en droit du travail & ressources humaines, Maroc

Spécialiste du droit du travail marocain avec plus de 10 ans d'expérience en gestion des ressources humaines et en conseil juridique pour les entreprises marocaines. Ses guides et analyses sont publiés sur e-RH Pro, la référence RH au Maroc.

Contenu vérifié par des expertsDernière révision : 2026-09-14

Finies, les vacations de 12 heures payées 8 : la loi n° 32.26, publiée au Bulletin officiel n° 7526 du 16 juillet 2026, impose la journée de 8 heures aux agents de sécurité privée employés par les sociétés de gardiennage. Pour les sociétés de gardiennage — un secteur que l'inspection du travail a visité 1 022 fois en 2024 — et pour tous les donneurs d'ordre — usines, banques, résidences, administrations —, l'impact est direct : un poste de 12 heures requiert désormais 1,5 agent, soit +50 % de masse salariale par poste. Les contrats en cours bénéficient d'un délai de 9 mois, échéance au 16 avril 2027. Décryptage pour les RH et les acheteurs.

La loi complète l'article 193 du Code du travail (loi n° 65.99) et s'inscrit dans les engagements du dialogue social d'avril 2026. Elle complète le chantier plus large de la réforme du Code du travail 2026 ; pour les règles générales de durée du travail, voir aussi notre guide heures supplémentaires et celui sur le travail de nuit.

8 heuresJournée de travail légale des agents de sécurité privée, contre des vacations de 12 heures auparavant
16/07/2026Publication au BO n° 7526 : la loi n° 32.26 est entrée en vigueur, dahir n° 1.26.27 du 3 juillet 2026
16/04/2027Fin du délai transitoire de 9 mois pour les marchés conclus avant l'entrée en vigueur de la loi
+50 %Surcoût de masse salariale par poste de 12 heures : il faut désormais 1,5 agent au lieu d'un seul

En résumé

  • La loi n° 32.26 du 3 juillet 2026 (BO du 16 juillet) exclut les agents des sociétés de gardiennage de la catégorie des gardiens à travail intermittent de l'article 193 du Code du travail : ils relèvent désormais de la durée normale de travail de l'article 184, soit 8 heures par jour.
  • Jusqu'ici, un agent de sécurité pouvait travailler 12 heures par jour tout en n'étant rémunéré que sur la base de 8 heures — le régime dérogatoire qui a structuré le secteur pendant des années prend fin.
  • Les nouveaux contrats doivent respecter immédiatement la règle des 8 heures ; les marchés conclus avant le 16 juillet 2026 disposent d'un délai maximal de 9 mois pour s'adapter, soit jusqu'au 16 avril 2027.
  • Pour les sociétés de gardiennage et leurs clients, couvrir un poste de 12 heures exige désormais 1,5 équivalent temps plein : la masse salariale d'un poste augmente d'environ 50 %, soit près de 2 100 DH par mois et par poste de 12 heures au SMIG, cotisations comprises.
  • Un programme national d'inspection et de contrôle a été annoncé par le ministère de l'Emploi : en 2024 déjà, 1 022 visites avaient généré 9 160 observations, dont 958 sur le non-respect du SMIG et 786 sur la durée du travail. Les donneurs d'ordre ont intérêt à sécuriser leurs prestataires avant l'échéance d'avril 2027.

1. Ce que dit exactement la loi n° 32.26

Le texte est court mais change tout pour le secteur. Promulguée par le dahir n° 1.26.27 du 3 juillet 2026 et publiée au Bulletin officiel n° 7526 du 16 juillet 2026, la loi n° 32.26 complète l'article 193 de la loi n° 65.99 (Code du travail). Adoptée à l'unanimité par les deux Chambres, elle met fin à une anomalie juridique : l'article 193 rangeait les agents des sociétés de gardiennage parmi les « gardiens » au travail dit intermittent, autorisés à effectuer des journées de 12 heures tout en étant rémunérés sur la base de 8 heures.

Désormais, cette catégorie est exclue de l'article 193 et soumise à la durée normale de travail de l'article 184 du Code du travail — 44 heures par semaine ou 2 288 heures par an, réparties au maximum en 8 heures par jour (10 heures en agriculture). Concrètement :

ÉlémentAvant (art. 193)Après (loi n° 32.26)
Durée quotidienne12 heures de présence8 heures maximum (droit commun)
RémunérationPayée sur la base de 8 heures8 heures travaillées = 8 heures payées
Au-delà de la durée légalePas d'heures supplémentaires reconnuesHeures supplémentaires majorées (+25 % jour / +50 % nuit, davantage les jours de repos)
CouvertureRégime dérogatoire « gardiens »Statut de salarié de droit commun

Le calendrier de mise en œuvre a été ajusté au Parlement : la Chambre des conseillers a ramené le délai transitoire de 12 à 9 mois (l'UMT plaidait pour 6). Les sociétés de gardiennage disposent donc jusqu'au 16 avril 2027 pour adapter les contrats de travail liés aux marchés conclus avant la publication de la loi. Les contrats signés après le 16 juillet 2026 doivent, eux, appliquer immédiatement les 8 heures.

La mesure découle directement du round d'avril 2026 du dialogue social (réunions du 17 avril avec les centrales syndicales, la CGEM et la Comader) et parachève les engagements de la convention collective du 29 avril 2024. Le secteur du gardiennage est par ailleurs encadré par la loi n° 27.06 relative aux activités de gardiennage et de transport de fonds.

2. Pourquoi c'était un enjeu social majeur

Le régime des 12 heures payées 8 n'était pas une exception marginale : c'était le modèle économique dominant du secteur, qui emploie plusieurs centaines de milliers d'agents au Maroc selon les estimations professionnelles. Trois chiffres documentent la précarité que la loi vient corriger :

a) Des journées à rallonge. Le ministre de l'Inclusion économique, Younes Sekkouri, évoquait devant le Parlement des horaires « pouvant atteindre 12 heures par jour », avec les risques psychosociaux, de fatigue et d'accidents du travail associés — un enjeu de santé au travail autant que de droit.

b) Un secteur sous contrôle renforcé. En 2024, l'inspection du travail a mené 1 022 visites auprès des entreprises de sécurité, générant 9 160 observations : 3 411 sur les salaires (dont 958 sur le non-respect du SMIG et 2 394 sur les retards de paiement), 786 sur la durée du travail (repos hebdomadaire, jours fériés, congés payés) et 346 sur la protection sociale (CNSS, accidents du travail, AMO). 36 procès-verbaux ont été dressés.

c) Un programme national d'inspection annoncé. Lors de l'examen du texte, le ministère a annoncé un programme de contrôle dédié au respect des nouvelles dispositions — durée du travail, rémunération et droits des salariés. Les entreprises en infraction s'exposent aux amendes prévues par le Code du travail et aux PV de l'inspection, sans compter le risque prud'homal (rappels d'heures et de salaire).

3. Ce que ça coûte : le calcul par poste

Pour les sociétés de gardiennage comme pour leurs clients, la vraie question est arithmétique : couvrir la même amplitude horaire exige plus d'agents. Prenons un poste de gardiennage de 12 heures par jour, 7 jours sur 7, occupé par un agent au SMIG (3 422,72 DH brut, coût employeur ≈ 4 144,57 DH avec les 21,09 % de cotisations patronales — voir notre guide CNSS) :

ConfigurationAgents nécessairesCoût mensuel du posteÉcart
Avant : 1 agent × 12 h (payées 8 h)1≈ 4 145 DH
Après : couverture 12 h en vacations de 8 h1,5 (roulement)≈ 6 217 DH+50 % (≈ +2 072 DH/mois)
Poste 24 h/24 avant : 2 agents × 12 h2≈ 8 289 DH
Poste 24 h/24 après : 8 h par agent3≈ 12 434 DH+50 % (≈ +4 145 DH/mois)

Deux nuances importantes :

Le surcoût ne se limite pas au SMIG. Les grilles du secteur incluent des primes (panier, transport, qualification), et la rotation accrue génère des coûts de recrutement, de formation et d'habillement supplémentaires. À l'inverse, certains clients renégocieront l'amplitude de couverture (12 h → 8 h aux heures creuses) plutôt que le prix.

Les heures supplémentaires ne sont pas une solution durable. Couvrir 12 heures avec un seul agent via 4 heures supplémentaires quotidiennes majorées reviendrait plus cher (+25 % de jour, +50 % de nuit selon notre barème), se heurterait aux plafonds légaux d'heures supplémentaires et exposerait l'employeur sur la santé au travail. Le modèle cible reste la vacation de 8 heures avec roulement à trois équipes pour les postes continus.

4. Entreprises clientes : la checklist conformité avant avril 2027

Vous n'êtes pas société de gardiennage mais vous sous-traitez la sécurité de vos sites ? La loi vous concerne aussi : un prestataire non conforme, c'est un risque de rupture de service, de surenchère tarifaire de dernière minute et, pour les marchés publics, de contentieux. Voici les réflexes à adopter :

1. Inventoriez vos contrats de gardiennage. Listez tous les marchés en cours (sites, amplitudes horaires, nombre de postes, échéances). Identifiez ceux conclus avant le 16 juillet 2026 — ils doivent basculer au plus tard le 16 avril 2027 — et vérifiez que les nouveaux contrats appliquent déjà les 8 heures.

2. Anticipez la renégociation tarifaire. Un poste de 12 heures coûte environ 50 % plus cher en main-d'œuvre. Exigez de vos prestataires un chiffrage transparent (agents par poste, taux horaire, cotisations) plutôt qu'un prix forfaitaire opaque — et vérifiez vos clauses de révision de prix.

3. Intégrez le budget 2027. L'échéance d'avril 2027 tombe en cours d'exercice budgétaire : provisionnez la hausse dès le budget 2027, en particulier si vous êtes établissement public (les marchés de gardiennage publics seront renégociés avec l'appui des crédits additionnels évoqués par le gouvernement).

4. Auditez la conformité sociale du prestataire. Attestations CNSS à jour, respect du SMIG (958 observations en 2024 !), bulletins de paie conformes, plannings de 8 heures. En cas de contrôle de l'inspection du travail sur votre site, la diligence sur vos sous-traitants vous protège.

5. Repensez l'organisation de la sécurité. La hausse du coût horaire rend compétitives les alternatives technologiques : télésurveillance, contrôle d'accès électronique, rondes motorisées mutualisées. Le bon arbitrage se calcule poste par poste.

5. Agents et RH de sociétés de gardiennage : vos droits et obligations

Pour les agents. Depuis le 16 juillet 2026, tout nouvel embauché relève des 8 heures ; ceux en poste sur des marchés antérieurs doivent basculer au plus tard le 16 avril 2027. Vérifiez sur votre bulletin de paie que les heures effectuées au-delà de la durée légale apparaissent comme heures supplémentaires majorées, et non plus « absorbées » par le régime intermittent. En cas de doute, l'inspection du travail peut être saisie.

Pour les RH des sociétés de gardiennage. Trois chantiers concrets :

1. Refondre les plannings. Passer des vacations de 12 heures (rythme type 12 h jour / 12 h nuit / 24 h repos ou 4 jours sur 7) à des vacations de 8 heures avec roulement — en respectant le repos hebdomadaire et les règles du travail de nuit (21 h – 6 h), qui restent applicables aux agents de nuit.

2. Sécuriser les contrats de travail. Avenants pour les salariés en poste, nouveaux contrats conformes pour les embauches postérieures au 16 juillet 2026. Documentez la bascule : c'est votre preuve de bonne foi en cas de contrôle.

3. Recruter et former. La bascule mécanique (×1,5 agent par poste de 12 heures) exige des recrutements massifs d'ici avril 2027 : anticipez les viviers (ANAPEC, écoles de formation), les visites médicales d'embauche et la formation aux consignes de site — un agent sous-formé sur un poste sensible coûte plus cher qu'il ne rapporte.

📌 À retenir : la loi n° 32.26 ne crée pas une « nouvelle durée du travail » pour la sécurité privée — elle met fin à une dérogation et réintègre les agents dans le droit commun (art. 184 du Code du travail). Toutes les règles générales s'appliquent désormais sans filtre : heures supplémentaires majorées, repos hebdomadaire, congés payés, travail de nuit protégé.

6. FAQ : journée de 8 heures dans la sécurité privée (loi n° 32.26)

Depuis quand la journée de 8 heures s'applique-t-elle aux agents de sécurité ?

Depuis la publication de la loi n° 32.26 au Bulletin officiel n° 7526 du 16 juillet 2026. Elle s'applique immédiatement aux nouveaux contrats ; les contrats de travail liés aux marchés conclus avant cette date doivent être adaptés au plus tard le 16 avril 2027 (délai transitoire de 9 mois).

Un agent de sécurité peut-il encore travailler 12 heures ?

Oui, mais uniquement au-delà de 8 heures comme heures supplémentaires majorées (+25 % le jour, +50 % la nuit, davantage les jours de repos et fériés), dans les limites légales. Le régime antérieur — 12 heures de présence payées 8 — est supprimé : c'était l'objet même de l'article 193 modifié.

Quel est l'impact sur le prix d'un marché de gardiennage ?

Environ +50 % de masse salariale par poste à amplitude constante : couvrir 12 heures quotidiennes exige 1,5 agent au lieu d'un, et un poste 24 h/24 exige 3 agents au lieu de 2. Au SMIG, cela représente ≈ 2 072 DH de plus par mois pour un poste de 12 heures, cotisations patronales comprises — hors primes et coûts de recrutement.

Qui contrôle l'application de la loi ?

L'inspection du travail, dans le cadre d'un programme national d'inspection annoncé par le ministère de l'Emploi, en coordination avec les officiers de police judiciaire pour le volet loi 27.06 (gardiennage et transport de fonds). En 2024, les contrôles avaient déjà produit 9 160 observations et 36 procès-verbaux dans le secteur.

Que risquent les entreprises non conformes après le 16 avril 2027 ?

Amendes pour infraction aux règles de durée du travail, procès-verbaux de l'inspection, rappels de salaire au profit des agents (heures non payées, majorations) et risque prud'homal. Pour les donneurs d'ordre, le risque opérationnel — prestataire défaillant, rupture de couverture — est souvent le plus coûteux.

Sources et références

Tags :#sécurité privée#gardiennage#loi 32.26#Code du travail#article 193#durée du travail#8 heures#agents de sécurité#inspection du travail#sous-traitance#RH#Maroc
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