Code du travail

Livreurs, chauffeurs VTC : le nouveau statut des travailleurs de plateformes au Maroc

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Équipe e-RH Pro
19 min de lecture
Livreurs, chauffeurs VTC : la réforme du Code du travail crée un statut Travailleur de Plateforme — CNSS, revenu minimal garanti, calendrier. Décryptage.
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Expert ERH Pro

Expert en droit du travail & ressources humaines, Maroc

Spécialiste du droit du travail marocain avec plus de 10 ans d'expérience en gestion des ressources humaines et en conseil juridique pour les entreprises marocaines. Ses guides et analyses sont publiés sur e-RH Pro, la référence RH au Maroc.

Contenu vérifié par des expertsDernière révision : 2026-08-13

Yassine, 24 ans, livre des repas à Casablanca pour une application bien connue : 8 à 10 heures par jour, 6 jours sur 7, pour un revenu qui tourne autour de 4 500 MAD les bons mois. Pas de couverture maladie, pas de retraite, pas de congés : en cas d'accident de moto, c'est zéro dirham d'indemnité. Comme lui, des dizaines de milliers de livreurs et de chauffeurs VTC marocains travaillent dans un angle mort du droit du travail. Cela est en train de changer : le projet de loi 03-26, adopté en Conseil des ministres le 14 mai 2026, crée pour la première fois au Maroc un statut dédié aux travailleurs de plateformes numériques.

La réforme du Code du travail — la plus importante depuis la loi 65-99 de 2003 — consacre l'un de ses piliers à cette économie des plateformes que le ministre de l'Emploi Younes Sekkouri a promis de réguler dès septembre 2025 (Médias24, 11 septembre 2025). Qui est concerné ? Quels droits exactement ? Quand le statut entre-t-il en vigueur ? Et quelles sont les limites du dispositif ? Voici le décryptage complet, pour les travailleurs concernés comme pour les plateformes et les employeurs qui gravitent autour.

35 000Travailleurs de plateformes actifs au Maroc en 2026 (+45 % sur un an)
01/04/2027Entrée en vigueur prévue du statut « Travailleur de Plateforme »
50/50Répartition des cotisations CNSS entre plateforme et travailleur
3 500 MADSMIG mensuel de référence pour la rémunération minimale (juillet 2026)

En résumé

  • Le projet de loi 03-26 réformant le Code du travail (loi 65-99), adopté en Conseil des ministres le 14 mai 2026, crée un statut intermédiaire de « Travailleur de Plateforme » (TP) : ni salarié classique, ni auto-entrepreneur.
  • Les droits prévus : affiliation CNSS obligatoire financée à parts égales par la plateforme et le travailleur, couverture AMO, rémunération minimale garantie calée sur le SMIG horaire si les honoraires sont trop bas, et droit à la formation continue financé par les plateformes.
  • Le calendrier : vote parlementaire attendu à l'automne 2026, puis entrée en vigueur progressive — le statut TP est annoncé pour le 1er avril 2027, après publication des décrets d'application.
  • Jusque-là, le vide juridique demeure : les livreurs et chauffeurs restent en principe des indépendants, mais les tribunaux peuvent requalifier la relation en contrat de travail dès qu'un lien de subordination est prouvé (articles 6 et 18 du Code du travail).
  • Le Maroc s'inspire de modèles étrangers : loi « Riders » espagnole de 2021, directive européenne 2024/2831, programme pilote mexicain — et de l'accord transactionnel conclu entre le Conseil de la concurrence et Glovo en juillet 2025.

1. Livreurs, chauffeurs VTC : qui sont les travailleurs de plateformes au Maroc ?

1.1 Un secteur en pleine explosion

Les travailleurs de plateformes sont estimés à environ 35 000 personnes actives au Maroc en 2026, en hausse de 45 % sur un an. On y trouve principalement :

  • Les livreurs de repas et de colis : Glovo, mais aussi les acteurs locaux et régionaux de la livraison du dernier kilomètre, très présents à Casablanca, Rabat, Marrakech et Tanger.
  • Les chauffeurs VTC et de transport via application : InDrive, Careem, Heetch, Yassir et d'autres, qui cohabitent — parfois difficilement — avec les taxis traditionnels.
  • Les micro-prestataires du numérique : services à la demande, petits travaux, mise en relation, qui passent eux aussi par des applications d'intermédiation.

Le profil type : un homme jeune (beaucoup d'étudiants et de diplômés en recherche d'insertion), travaillant avec son propre véhicule — moto ou voiture —, pour qui l'application est souvent la seule source de revenus, parfois un complément.

1.2 Un quotidien sans filet

Le modèle économique repose sur un principe simple : la plateforme met en relation un client et un prestataire « indépendant », prélève une commission, et laisse au travailleur la charge de ses frais (carburant, entretien du véhicule, téléphone, data). Dans les faits, le quotidien d'un livreur casablancais ressemble à ceci :

  • Un revenu variable, tributaire des commandes, des bonus algorithmiques et des pics d'activité — souvent entre 3 000 et 5 000 MAD par mois pour un temps plein ;
  • Des horaires choisis en théorie, mais dictés en pratique par les créneaux rentables (déjeuner, dîner) et les systèmes de bonus ;
  • Aucune couverture en cas d'accident de la circulation, premier risque du métier ;
  • Une désactivation du compte possible, du jour au lendemain, sans procédure contradictoire.

Cette précarité a déjà produit ses premières mobilisations : des livreurs Glovo se sont syndiqués et ont mené des sit-in et des grèves, avec un cahier revendicatif porté jusque dans le débat public (Médias24, 11 septembre 2025).

2. Aujourd'hui : un vide juridique entre salariat et indépendance

2.1 Ce que dit le Code du travail actuel

La loi 65-99 de 2003 ne connaît que deux grandes situations : le salarié et l'indépendant. L'article 6 définit le salarié comme toute personne s'engageant à travailler sous la direction d'un employeur moyennant rémunération. L'article 18 ajoute que l'existence du contrat de travail peut être prouvée par tous les moyens, indépendamment de l'étiquette donnée au contrat.

Entre les deux, rien. Les plateformes classent donc leurs travailleurs comme « partenaires indépendants » ou auto-entrepreneurs. Conséquence : pas de SMIG garanti, pas de congés payés, pas de protection contre le licenciement, pas de représentation collective. La seule protection sociale accessible est celle du régime des indépendants instauré par la généralisation de la protection sociale (loi-cadre 09-21) : une couverture maladie (AMO) conditionnée au paiement régulier des cotisations, mais ni assurance accidents du travail, ni chômage.

2.2 Le lien de subordination, critère clé devant les tribunaux

Tout le débat juridique tient en une question : le livreur est-il vraiment indépendant ? Les tribunaux marocains, comme leurs homologues européens, regardent les faits. Peuvent caractériser un lien de subordination — et ouvrir la voie à une requalification en contrat de travail :

  • l'imposition des prix et des tarifs par l'application ;
  • l'attribution automatique des courses et le contrôle des performances ;
  • les sanctions en cas de refus répétés de commandes ;
  • l'organisation des plages de connexion et l'évaluation algorithmique ;
  • la possibilité de « déréférencer » un travailleur du jour au lendemain (AvocatLib, mai 2026).

En cas de requalification, le travailleur peut réclamer le respect du SMIG, les rappels de salaire, les congés payés et les indemnités de rupture applicables aux salariés.

2.3 L'affaire Glovo : le déclencheur de la régulation

Le dossier qui a fait basculer le débat est marocain. En mai 2025, Glovo Maroc a fait l'objet d'une plainte pour pratiques anticoncurrentielles. L'examen par le Conseil de la concurrence a abouti, fin juillet 2025, à un accord transactionnel : l'opérateur s'est engagé à « assurer une valorisation plus équitable des prestations effectivement réalisées par les livreurs, tout en confortant leur autonomie en tant que travailleurs indépendants ». Parmi les engagements détaillés par Médias24 (11 septembre 2025) :

  • distinguer rémunération fixe et variable, avec la garantie de l'équivalent d'un salaire minimum pour les livreurs ;
  • permettre aux livreurs de refuser certaines commandes sans sanction ;
  • lever les ambiguïtés sur les algorithmes et systèmes de bonus ;
  • améliorer les conditions de santé et de sécurité, sans que le système de performance ne mette en danger les travailleurs ou le public.

Le ministre de l'Emploi Younes Sekkouri a annoncé vouloir transposer ces mesures dans le futur Code du travail : « Tous les autres filets sociaux et garanties doivent également être mis en œuvre pour que ce travail soit reconnu comme un travail décent au sens de l'Organisation internationale du travail. »

3. Ce que la réforme 2026 change : le statut « Travailleur de Plateforme »

Le projet de loi 03-26, adopté en Conseil des ministres le 14 mai 2026 après 18 mois de négociations entre le gouvernement, les syndicats (UMT, CDT, UGTM notamment) et la CGEM, consacre un pilier entier à l'économie des plateformes. Il ne requalifie pas automatiquement les livreurs en salariés : il crée une troisième voie, un statut intermédiaire protecteur. Pour situer ce pilier dans l'ensemble du texte — télétravail, CDD, congés, harcèlement —, consultez notre décryptage complet de la réforme du Code du travail 2026.

3.1 Un statut distinct, ni salarié ni auto-entrepreneur

Le texte reconnaît un statut de « Travailleur de Plateforme » (TP) distinct des deux catégories existantes. Le travailleur conserve la flexibilité qui fait l'attractivité du modèle — liberté de se connecter, de refuser des commandes, de travailler pour plusieurs applications — tout en accédant à un socle de droits sociaux. C'est la philosophie même du dispositif : protéger sans rigidifier.

3.2 Les cinq droits prévus

DroitContenu prévu par la réforme
Affiliation CNSSObligatoire, financée à 50 % par la plateforme et 50 % par le travailleur
Rémunération minimale garantieSi les honoraires calculés tombent sous l'équivalent du SMIG horaire, la plateforme complète (SMIG à 3 500 MAD/mois depuis juillet 2026, soit environ 18,3 MAD/heure sur la base de 191 heures)
Couverture santé AMOObligatoire, avec un panier de soins équivalent à celui des salariés CNSS
Formation continueFinancée par les plateformes, à hauteur de 1 % de leur chiffre d'affaires selon les annonces
Représentation collectivePossibilité de créer des syndicats spécifiques aux travailleurs de plateformes — une innovation au Maroc

Concrètement, pour un livreur à plein temps, la rémunération minimale garantie signifie que les heures passées à attendre ou à effectuer des courses peu rémunératrices ne pourront plus faire tomber le revenu sous le plancher du SMIG horaire. Les modalités précises (période de référence, décompte des heures connectées, traitement des frais de carburant) devront être fixées par les décrets d'application — un point que nous détaillons dans la section sur les limites du dispositif.

3.3 Exemple chiffré : ce que ça change pour un livreur

Prenons un livreur casablancais effectuant 190 heures de course dans un mois, pour des honoraires totaux de 3 200 MAD (soit 16,8 MAD/heure, sous le SMIG horaire de 18,3 MAD). Avec le statut TP :

  • Rattrapage de rémunération : la plateforme complète jusqu'à l'équivalent du SMIG horaire, soit environ 3 477 MAD pour 190 heures (18,3 × 190) — un gain d'environ 277 MAD ce mois-là ;
  • Cotisations CNSS : sur une assiette au SMIG, la part salariale représente environ 6,7 % (CNSS salarié + AMO), soit un peu plus de 230 MAD, dont la moitié seulement à la charge du travailleur puisque la plateforme paie 50 % ;
  • En contrepartie : le livreur ouvre des droits à l'assurance maladie, aux prestations familiales et, selon les arbitrages définitifs des décrets, à la retraite — des protections qui n'existent pas aujourd'hui.

Le calcul exact dépendra des décrets d'application et des taux CNSS applicables à ce nouveau statut. Pour une simulation des retenues classiques, notre calculateur CNSS et notre guide sur les cotisations sociales au Maroc restent la référence.

4. Calendrier : quand le statut s'appliquera-t-il ?

La réforme n'est pas encore en vigueur. À ce stade, le projet de loi 03-26 doit suivre un parcours législatif dont voici les étapes annoncées :

ÉtapeÉchéance prévue
Adoption en Conseil des ministres14 mai 2026 (fait)
Vote parlementaireAutomne 2026 (procédure d'urgence demandée par le gouvernement)
Publication au Bulletin officiel et décrets d'applicationFin 2026 - début 2027
Entrée en vigueur du socle de la réforme (télétravail, congés, droits syndicaux, harcèlement)1er janvier 2027
Entrée en vigueur du statut Travailleur de Plateforme et du CDD assoupli1er avril 2027 (calendrier annoncé)

Le décalage entre l'adoption en Conseil des ministres et l'application effective s'explique par la nécessité de publier les décrets d'application et de laisser aux plateformes le temps d'adapter leurs systèmes : affiliation CNSS de dizaines de milliers de travailleurs, refonte des algorithmes de rémunération, mise en place du financement de la formation.

D'ici là, c'est le droit actuel qui s'applique : les livreurs et chauffeurs restent des indépendants au regard du Code du travail, avec la possibilité — nous l'avons vu — d'une requalification judiciaire au cas par cas. Rien n'empêche toutefois une plateforme de prendre des engagements volontaires dès maintenant, à l'image de l'accord Glovo.

5. Le Maroc dans le mouvement mondial : Espagne, Europe, Mexique

Le Maroc n'invente pas ce statut dans un coin de table : il s'inscrit dans une vague internationale de régulation de la « gig economy », que le ministère de l'Emploi a explicitement dit étudier.

5.1 L'Espagne et la loi « Riders » (2021)

Texte pionnier en Europe, la loi « Riders » adoptée le 12 mai 2021 en Espagne a introduit une présomption de salariat pour les livreurs des plateformes (Deliveroo, Glovo, Uber Eats…), jusque-là considérés comme indépendants. Elle fait suite à l'arrêt du Tribunal suprême espagnol du 25 septembre 2020, qui avait qualifié de salarié un livreur Glovo au motif que « la plateforme ne se limite pas à fournir un service électronique d'intermédiaire […] mais réalise une tâche de coordination et d'organisation du service productif » (INTEFP, ministère français du Travail). La loi impose également la transparence des algorithmes utilisés par les plateformes vis-à-vis des représentants du personnel.

5.2 L'Union européenne : la directive 2024/2831

L'UE a adopté la directive 2024/2831 du 23 octobre 2024 sur l'amélioration des conditions de travail dans le travail de plateforme — un texte approuvé définitivement par le Conseil de l'UE dès le 14 octobre 2024. Il prévoit une présomption légale de salariat lorsque certains indices de contrôle sont réunis, ainsi qu'un encadrement de la gestion algorithmique (transparence, supervision humaine des décisions affectant les travailleurs). Les États membres disposent d'environ deux ans pour la transposer. Le Maroc, dont l'économie est fortement connectée à l'Europe, suit cette trajectoire de près.

5.3 Le Mexique, modèle étudié par Rabat

C'est la référence la plus inattendue et la plus citée par le ministère de l'Emploi marocain. Le Mexique est l'un des premiers pays d'Amérique latine à avoir créé, dans son droit du travail, un régime spécifique pour les chauffeurs et livreurs de plateformes : testé en programme pilote du 1er juillet 2025 à janvier 2026, il accorde aux travailleurs les mêmes prestations sociales qu'un salarié (soins médicaux, congés payés, indemnisation accident, 13e mois), tout en préservant la flexibilité du secteur — pas d'horaires fixes, liberté d'accepter ou de refuser les commandes, droit de travailler sur plusieurs applications simultanément (Médias24, 11 septembre 2025). Ce modèle « discontinu » ressemble fortement à l'esprit du statut TP marocain.

6. Les limites du dispositif et les questions ouvertes

Le statut TP est une avancée réelle, mais plusieurs zones d'ombre demeurent. Les montants et modalités définitifs — taux de cotisation exacts, définition de l'heure de référence, articulation avec l'auto-entrepreneuriat — seront fixés par décret et peuvent encore évoluer lors du débat parlementaire. Voici, factuellement, les points de vigilance identifiés.

6.1 Ce qui n'est pas encore tranché

  • La définition du temps « travaillé » : faut-il compter uniquement le temps de course, ou aussi le temps de connexion en attente de commandes ? La réponse changera radicalement l'effet de la rémunération minimale garantie.
  • Le traitement des frais professionnels : carburant, entretien du véhicule, assurance. Si ces charges restent à la charge du travailleur, le gain net du statut TP en sera réduit d'autant.
  • Les accidents du travail : la couverture annoncée porte sur l'AMO et la CNSS, mais la question spécifique des accidents de circulation — le premier risque du métier — devra être clarifiée par les décrets (assurance AT/MP ou dispositif dédié).
  • Le périmètre exact : toutes les plateformes seront-elles concernées, ou seulement celles dépassant certains seuils (nombre de travailleurs, volume d'affaires) ?

6.2 Ce que la réforme ne change pas

  • Le statut TP n'est pas une requalification automatique en salarié : les livreurs n'auront ni congés payés, ni préavis de licenciement au sens du Code du travail, sauf si le juge requalifie la relation au cas par cas.
  • Les plateformes conservent la liberté d'organiser leur modèle économique ; seule la rémunération plancher et la protection sociale sont encadrées.
  • Jusqu'à l'entrée en vigueur (prévue au 1er avril 2027), aucune obligation nouvelle ne pèse sur les plateformes : le droit actuel continue de s'appliquer.

7. Checklist pratique : travailleurs et plateformes, que faire dès maintenant ?

7.1 Vous êtes livreur ou chauffeur VTC

  • Conservez des preuves de votre activité : captures d'écran des courses, relevés de paiement, échanges avec l'application. En cas de litige, ces éléments permettront de prouver la relation de travail (article 18 du Code du travail).
  • Téléchargez les conditions générales au moment de l'inscription : elles sont modifiables par la plateforme, souvent sans préavis.
  • Vérifiez votre couverture sociale actuelle : si vous êtes enregistré comme auto-entrepreneur, assurez-vous que vos cotisations CNSS/AMO sont à jour pour maintenir vos droits.
  • Souscrivez une assurance accidents : l'AMO ne couvre pas les accidents de la circulation dans le cadre du régime des indépendants ; c'est votre premier risque professionnel.
  • Suivez la publication des décrets d'application courant 2026-2027 : ils préciseront vos droits exacts et la date d'entrée en vigueur définitive.

7.2 Vous êtes une plateforme ou un opérateur

  • Cartographiez votre flotte : nombre de travailleurs actifs, volume d'heures, honoraires moyens — ces données serviront de base au calcul de la rémunération minimale garantie.
  • Évaluez l'impact financier : cotisations CNSS à 50 %, rattrapage SMIG, contribution formation de 1 % du chiffre d'affaires. Provisionnez dès le budget 2027.
  • Auditez vos algorithmes : les engagements de transparence pris par Glovo devant le Conseil de la concurrence donnent un avant-goût des attentes du régulateur (bonus lisibles, droit au refus de commande, pas d'incitation à la vitesse).
  • Préparez l'affiliation CNSS : l'inscription de dizaines de milliers de travailleurs sous un nouveau statut exigera des adaptations du portail déclaratif ; anticipez le dialogue avec la CNSS.
  • Informez vos travailleurs : une communication claire sur le calendrier et les droits à venir réduira les tensions sociales déjà visibles dans le secteur.

Questions fréquentes

Je suis livreur Glovo : qu'est-ce que ça change pour moi concrètement ?

À compter de l'entrée en vigueur du statut TP (prévue au 1er avril 2027), vous bénéficierez d'une affiliation CNSS financée à moitié par la plateforme, d'une couverture AMO, d'une rémunération minimale garantie calée sur le SMIG horaire si vos honoraires sont trop bas, et d'un droit à la formation. D'ici là, vous restez juridiquement indépendant — mais l'accord conclu entre Glovo et le Conseil de la concurrence prévoit déjà des engagements sur la rémunération et la transparence des bonus.

Les livreurs vont-ils devenir des salariés ?

Non. La réforme ne prévoit pas de requalification automatique : elle crée un statut intermédiaire, avec des droits sociaux nouveaux mais sans l'intégralité du salariat (pas de congés payés ni de procédure de licenciement classiques). En revanche, un livreur qui prouve un lien de subordination — horaires imposés, sanctions, exclusivité — peut toujours demander au juge la requalification en contrat de travail sur le fondement des articles 6 et 18 du Code du travail.

Le statut s'applique-t-il aux chauffeurs VTC comme InDrive ou Careem ?

Oui, le dispositif vise l'ensemble des travailleurs de plateformes numériques : livraison, transport de personnes via application et micro-services à la demande. Le chiffre de 35 000 travailleurs actifs en 2026 englobe ces différentes activités. Le périmètre exact sera précisé par les décrets d'application.

La plateforme peut-elle désactiver mon compte sans préavis ?

Dans le droit actuel, la relation étant contractuelle (CGU), une désactivation reste possible, mais une désactivation abusive peut être contestée devant les tribunaux — surtout si elle s'apparente à un licenciement dans une relation de travail déguisée. La réforme et les engagements pris dans l'affaire Glovo vont dans le sens d'une plus grande transparence et de voies de recours pour les travailleurs.

Combien gagnera un livreur au minimum avec le nouveau statut ?

Le plancher annoncé correspond à l'équivalent du SMIG horaire. Le SMIG étant passé à 3 500 MAD par mois en juillet 2026, cela représente environ 18,3 MAD de l'heure pour 191 heures mensuelles — notre article sur le SMIG au Maroc en 2026 détaille le barème et le calcul du net. Les montants définitifs et les règles de décompte des heures seront fixés par décret : prudence donc sur les chiffres exacts tant que les textes d'application ne sont pas publiés.

Que risque une plateforme qui ne respecte pas le futur statut ?

Le régime des sanctions sera précisé par la réforme et ses décrets d'application. On peut toutefois anticiper des contrôles de l'inspection du travail — le ministère a déjà annoncé la mobilisation de l'inspection pour les réformes sociales récentes — ainsi que le risque judiciaire de requalification en contrat de travail, avec rappels de salaire et indemnités à la clé.

Cette réforme s'inspire-t-elle de ce qui s'est fait ailleurs ?

Oui, explicitement. Le ministère de l'Emploi étudie la loi « Riders » espagnole de 2021 (présomption de salariat pour les livreurs), la directive européenne 2024/2831 sur le travail de plateforme, et surtout le programme pilote mexicain qui accorde aux chauffeurs et livreurs les prestations d'un salarié tout en préservant leur flexibilité. Le Maroc a aussi intégré les leçons de l'accord transactionnel Glovo conclu devant le Conseil de la concurrence.

Sources et références

Tags :#Code du travail#Plateformes#Livreurs#VTC#CNSS#Réforme 2026#Droit du travail

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