Retenue à la source sur les salaires au Maroc : le mécanisme employeur en 2026

Rédigé par
Expert ERH ProExpert en droit du travail & ressources humaines, Maroc
Spécialiste du droit du travail marocain avec plus de 10 ans d'expérience en gestion des ressources humaines et en conseil juridique pour les entreprises marocaines. Ses guides et analyses sont publiés sur e-RH Pro, la référence RH au Maroc.
L'impôt retenu sur les salaires ne se joue pas sur le barème : il se joue sur ce qui entre dans l'assiette, sur ce qui en sort, et sur le calendrier du versement. Nous avons lu article par article l'édition officielle 2026 du Code général des impôts : la loi de finances n° 50-25 a bien modifié des dispositions qui regardent la paie — charges de famille, régime des pensions, salariés « Casablanca Finance City », contenu de la déclaration annuelle — mais aucun des articles qui fabriquent le calcul : ni l'assiette (56, 58), ni les déductions (59), ni l'obligation de retenir (156), ni le délai de versement (174-I). Le mécanisme n'a pas bougé ; les paramètres si. Parmi eux, en 2026 : 600 dirhams par personne à charge au lieu de 500, sous un plafond de 3 600 au lieu de 3 000. Le reste de ce qui lie un employeur s'écrit par cinq chiffres : 35 % puis 25 % de frais professionnels au-delà de 78 000 dirhams, un plafond de 35 000, 30 % sur le brut sans aucune déduction pour les rémunérations versées hors du personnel permanent, des avantages en nature à leur valeur réelle, et une déclaration annuelle avant le 1er mars. La mécanique est reprise ici dans l'ordre où la paie l'exécute, article du Code en tête, sans reproduire la grille déjà publiée le 26 février 2026.
En résumé
- La loi de finances n° 50-25 pour 2026 a modifié quatre dispositions qui regardent la paie — articles 74-I, 57-27°, 73-II-F-9° et 79, avec un nouveau paragraphe VII — mais pas celles qui écrivent le calcul : 56, 58, 59, 155, 156 et 174-I sont absents de l'énumération du Bulletin officiel.
- Le calcul suit quatre étapes inchangées : brut de l'article 56, moins les exonérations de l'article 57, moins les déductions de l'article 59 — cotisations de retraite puis frais professionnels —, puis barème et réductions pour charges de famille imputées sur la retenue.
- La déduction forfaitaire est le poste le plus mal appliqué : 35 % jusqu'à 78 000 DH, 25 % au-delà, plafond de 35 000 DH écrit au A et au chapeau du B, catégories à 45 % pour journalistes, VRP, agents d'assurance-vie et navigant commercial, et deux assiettes distinctes selon la catégorie.
- Les avantages en nature s'évaluent « d'après leur valeur réelle » (article 58-I) : aucun forfait légal n'est publié, et la retenue pratiquée sur le salaire vient en déduction de cette valeur.
- Côté échéances : versement « dans le mois qui suit » avec bordereau-avis daté et signé ; en cas de cession, cessation ou transfert, le délai court depuis l'événement ; en cas de décès, trois mois pour les ayants droit.
- La déclaration annuelle se remet avant le 1er mars : quatorze rubriques par bénéficiaire, état annexe des rémunérations occasionnelles, déclaration distincte des stagiaires exonérés et, depuis 2026, un état supplémentaire pour les sociétés Casablanca Finance City. L'article 80 impose en outre un livre spécial.
1. 2026 a touché la paie, mais pas là où l'on croit
1.1 Ce que la loi de finances n° 50-25 a modifié, et ce qu'elle a laissé
Le Bulletin officiel n° 7465 bis du 16 décembre 2025, qui promulgue la loi de finances n° 50-25 par le dahir n° 1-25-67, énumère les dispositions du Code qu'elle modifie. Quatre regardent l'employeur qui paie des salaires — dont une, l'article 57-27°, qui regarde les pensions plutôt que le net d'un salarié actif : l'article 74-I, qui porte la réduction pour charges de famille de 500 à 600 dirhams par personne à charge et son plafond de 3 000 à 3 600 dirhams, pour « les revenus acquis à compter du 1er janvier 2026 » ; l'article 57-27°, qui exonère d'IR les pensions et rentes viagères des régimes de base à compter de la même date, avec extension aux contrats complémentaires de groupe de la CMR « selon les mêmes conditions prévues à l'article 28-III » et exclusion des autres régimes complémentaires ; l'article 73-II-F-9°, le régime des salariés des sociétés ayant le statut Casablanca Finance City, applicable aux salaires acquis depuis le 1er janvier 2026 par ceux qui y ont pris leurs fonctions ce jour-là comme par ceux qui n'avaient pas épuisé leurs dix ans au 31 décembre 2025 ; et l'article 79, qui compte un nouveau paragraphe VII obligeant les sociétés Casablanca Finance City à annexer à la déclaration des traitements et salaires un état listant les salariés visés au F-9°.
À l'inverse, cette énumération ne mentionne aucun des articles qui construisent le calcul : 56 (revenus salariaux), 58 (revenu imposable), 59 (déductions), 155, 156 (l'obligation de retenir) et 174-I (le délai de versement). L'argument de cet article tient là : la loi de finances 2026 a ajusté des paramètres et ajouté une annexe, elle n'a pas touché la machine.
1.2 Le barème appliqué en 2026 vient de la réforme 2025
Le barème en vigueur — exonération jusqu'à 40 000 DH de revenu annuel, puis progressif jusqu'à 37 % — est rattaché dans le Code à l'article 8 de la loi de finances n° 60-24 pour l'année budgétaire 2025. Un article titré « nouveau barème 2026 » vendrait donc une nouveauté qui n'existe pas pour la grille. La réduction pour charges de famille, elle, est bien une mesure 2026, portée de 500 à 600 dirhams par l'article 7 de la loi de finances n° 50-25. La grille est détaillée dans notre article du 26 février 2026 ; celui-ci prend l'autre côté du calcul : comment se détermine la base, puis comment on retient, quand on verse et ce qu'on déclare.
1.3 Le budget 2027 n'est pas encore une règle
Les orientations générales du budget 2027, adoptées en Conseil des ministres le 17 octobre 2026, placent le pouvoir d'achat et la fiscalité sociale dans leur champ. Tant que le texte n'est pas déposé puis voté, aucun changement de ligne, de plafond ou de taux n'est acquis ; la bonne posture en fin d'année est de documenter le régime qui s'applique plutôt que d'anticiper une réforme non écrite.
2. Du brut au net imposable : quatre étapes dans l'ordre légal
2.1 Ce qui entre dans l'assiette
L'article 58-I donne la méthode : le revenu net imposable s'obtient en déduisant des sommes brutes payées au titre des revenus et avantages énumérés à l'article 56, d'une part les éléments exonérés en vertu de l'article 57, d'autre part les éléments visés à l'article 59. Deux effets pratiques : le point de départ est l'ensemble des sommes brutes payées, indemnités comprises, comme le confirme la nomenclature de l'article 79-I ; et toute rubrique traitée comme exonérée doit être rattachable à un texte, faute de quoi elle reste dans la base.
2.2 Exonérations et cotisations de retraite
L'article 57 énumère les éléments exonérés : c'est la liste qu'un audit confronte ligne à ligne aux rubriques paramétrées, car une exonération mal qualifiée est un manque à retenir. Deux alinéas appellent un contrôle spécifique. Le 16° exonère l'indemnité de stage à condition qu'elle soit mensuelle, brute et plafonnée à 6 000 dirhams pour douze mois, l'entreprise et le stagiaire perdant le bénéfice de l'exonération au-delà. Le 27° a été modifié par la loi de finances 2026 pour exonérer les pensions et rentes des régimes de base, avec extension aux contrats complémentaires de groupe de la CMR.
L'article 59-II admet en déduction les retenues de constitution de pension ou de retraite — régimes des lois 11-71 et 13-71, régime collectif d'allocation de retraite, sécurité sociale du dahir portant loi n° 1-72-184, régimes des organismes marocains de retraite. Pour ces derniers, la déductibilité est conditionnée : effectuer la retenue, verser mensuellement le montant aux organismes et conserver une copie certifiée conforme des contrats d'adhésion. Une complémentaire versée en différé ou sans contrat d'adhésion archivé rend la déduction contestable.
2.3 La déduction forfaitaire pour frais professionnels
C'est le mécanisme le plus rentable et le plus mal appliqué de la fiche de paie. L'article 59-I donne des taux, un plafond et deux assiettes. Le tableau ci-dessous reproduit le texte sans l'interpréter.
| Situation | Taux | Plafond | Assiette |
|---|---|---|---|
| Droit commun, revenu brut annuel imposable ≤ 78 000 DH | 35 % | Non spécifié pour cette fraction | Revenu brut imposable, avantages en argent ou en nature exclus |
| Droit commun, revenu brut annuel imposable > 78 000 DH | 25 % | 35 000 DH (écrit au A) | Idem |
| Personnel des casinos et cercles supportant des frais de représentation, de veille ou de double résidence | 25 % | 35 000 DH (chapeau du B) | Global des rémunérations acquises, y compris indemnités de frais d'emploi, de service, de route et allocations similaires, avantages exclus |
| Ouvriers d'imprimerie de journaux travaillant la nuit, ouvriers mineurs, artistes dramatiques, lyriques, cinématographiques ou chorégraphiques, musiciens, chefs d'orchestre | 35 % | 35 000 DH (chapeau du B) | Idem |
| Journalistes, rédacteurs, photographes et directeurs de journaux ; agents, inspecteurs et contrôleurs d'assurance-vie ; VRP ; personnel navigant commercial, pilotes et mécaniciens d'essai, moniteurs d'aviation civile | 45 % | 35 000 DH (chapeau du B) | Idem |
| Personnel navigant de la marine marchande et de la pêche maritime | 40 % | Non répété au C | Idem |
Source(s) : article 59-I du Code général des impôts, édition officielle consolidée 2026, texte lu intégralement ; les notes du même article attribuent taux et plafond à l'article 6 de la loi de finances n° 50-22 pour l'année budgétaire 2023.
Trois pièges s'en dégagent. Le plafond : la borne de 35 000 dirhams, écrite au A pour le taux de 25 % et au chapeau du B pour les catégories à 45 %, est atteinte dès 77 778 DH de base à 45 % (35 000 ÷ 0,45). Le seuil : il s'apprécie en annuel, un salarié qui franchit 78 000 DH change donc de taux en cours d'exercice. L'assiette : elle exclut les avantages dans tous les cas, mais inclut les indemnités de frais d'emploi, de service et de route pour les catégories B et C — une base unique pour tous produit mécaniquement une erreur.
2.4 Barème, puis réductions pour charges de famille
Le revenu net imposable déterminé et le barème appliqué, l'article 74 autorise une déduction de 600 dirhams par personne à charge, dans la limite totale de 3 600 dirhams — des montants portés de 500 et 3 000 dirhams par l'article 7 de la loi de finances n° 50-25, applicables aux revenus acquis depuis le 1er janvier 2026. Sont à charge l'épouse, les enfants propres et les enfants légalement recueillis, à condition qu'ils ne disposent pas, par enfant, d'un revenu global annuel supérieur à la tranche exonérée du barème. L'article 75 donne le mode d'emploi côté employeur : lorsque le contribuable est salarié soumis au prélèvement à la source en application de l'article 156, les réductions pour charges de famille sont imputées sur l'impôt ainsi prélevé. La gestion des personnes à charge est donc une donnée de paie, et son actualisation en cours d'année modifie le montant à retenir.
3. Les avantages en nature : la valeur réelle, pas le forfait maison
3.1 Ce que dit l'article 58-I
Le texte est bref et sans ambiguïté : « L'évaluation des avantages en nature est faite d'après leur valeur réelle. » L'article 58-I ne publie aucune grille forfaitaire pour un véhicule de fonction, un logement ou une carte carburant. Une convention interne — 1 000 dirhams par mois pour une voiture, par exemple — ne tient que si elle reflète la valeur réelle, et doit pouvoir être démontrée.
3.2 La retenue pratiquée sur le salaire vient en déduction
La même disposition ajoute la règle la plus souvent oubliée : « Lorsque l'avantage est accordé moyennant une retenue pratiquée sur le traitement ou le salaire du bénéficiaire, le montant de cette retenue vient en déduction de la valeur réelle précitée ». Un salarié qui paie une participation n'est pas imposé sur la valeur brute de l'avantage : seule la différence reste dans l'assiette. Une participation traitée comme prime nette au lieu d'être imputée gonfle la base et la retenue. Faute de forfait légal, la charge de la preuve reste pratique : coût d'acquisition ou de location, valeur locative, consommation réelle, part d'usage privé, consignés dans un dossier validé et daté — d'autant que la déclaration annuelle exige le brut des indemnités payées en argent ou en nature.
4. La retenue à la source, étape par étape
4.1 Une retenue par paiement, pas par moyenne mensuelle
L'article 156-I pose le fait générateur : la retenue au titre des revenus salariaux définis à l'article 56 est opérée par l'employeur ou le débirentier domicilié ou établi au Maroc, et « cette retenue est faite pour le compte du Trésor, sur chaque paiement effectué ». Deux effets concrets : un paiement décalé décale la retenue et son versement ; une régularisation versée en une fois ne se lisse pas sur les mois précédents. Pour les traitements publics, la retenue est opérée par l'administration ordonnançante ; pour les pensions de l'État, par le comptable payeur.
4.2 Versement : dans le mois qui suit, bordereau-avis à l'appui
L'article 174-I fixe le calendrier légal : les retenues afférentes aux paiements d'un mois déterminé « doivent être versées dans le mois qui suit », à la caisse du receveur de l'administration fiscale du lieu du domicile de la personne ou de l'établissement qui les a effectuées. Chaque versement est accompagné d'un bordereau-avis daté et signé indiquant la période des retenues, la désignation, l'adresse et la profession du retenancier, le montant des paiements et celui des retenues. Le bordereau est une obligation textuelle : une pièce incomplète est un risque de preuve, pas une négligence de forme.
4.3 Trois situations qui piègent la paie
Transfert ou fin d'activité : en cas de transfert de domicile ou d'établissement hors du ressort de la perception, ainsi qu'en cas de cession ou de cessation d'entreprise, les retenues doivent être versées dans le mois qui suit le transfert, la cession ou la cessation — le délai ne part plus du mois de paie mais de l'événement. Décès de l'employeur ou du débirentier : les retenues opérées sont versées par les héritiers ou ayants droit dans les trois mois qui suivent celui du décès. Rémunérations hors personnel salarié : elles sont passibles de la retenue aux taux de l'article 73-II-G-1° ou 2°, appliqués « sur le montant brut des rémunérations et des indemnités, sans aucune déduction ». Le taux de 30 % du 1° frappe donc le brut, sans abattement pour frais ni cotisation.
4.4 VRP, pourboires, artistes et sportifs : quatre régimes à part
Quatre populations échappent au traitement standard, chacune avec son article. Pourboires : l'article 156-III oblige l'employeur à retenir l'impôt dû sur les pourboires remis par les clients, dans les conditions de l'article 58-II-A. Voyageurs, représentants et placiers : même obligation à l'article 156-IV selon l'article 58-II-B, l'article 73-II-G-5° retenant 30 % les remises des VRP qui ne font aucune opération pour leur compte — à ne pas confondre avec la déduction à 45 % dont ils bénéficient au titre de leurs frais. Artistes : le brut des cachets versés aux artistes exerçant à titre individuel ou en troupe supporte un abattement forfaitaire de 50 % puis la retenue au taux de l'article 73-II-G-4°, versée selon l'article 174-I. Sportifs professionnels, entraîneurs, éducateurs et équipes techniques : abattement de 50 % sur le brut, « non cumulable avec aucune autre déduction » ; pour les éducateurs, entraîneurs et équipes techniques, le texte le conditionne à un contrat sportif professionnel (loi n° 30-09) et à une licence fédérale. Dans ces quatre cas, l'erreur classique est d'appliquer le régime du personnel permanent.
5. La déclaration annuelle des traitements et salaires
5.1 Avant le 1er mars, quatorze rubriques par bénéficiaire
L'article 79-I oblige les employeurs privés domiciliés ou établis au Maroc, ainsi que les administrations et autres personnes morales de droit public, à remettre « avant le 1er mars de chaque année » à l'inspecteur des impôts de leur domicile fiscal, siège social ou principal établissement une déclaration présentant, pour chaque bénéficiaire de revenus salariaux payés l'année précédente : nom, prénom et adresse ; numéro de la carte d'identité nationale, ou de la carte de séjour pour les étrangers, et numéro d'immatriculation CNSS ; numéro matricule de la paierie principale des rémunérations du Ministère des Finances pour les fonctionnaires civils et militaires ; montant brut des traitements, salaires et émoluments ; montant brut des indemnités payées en argent ou en nature ; montant des indemnités versées à titre de frais d'emploi et de service, de représentation, de déplacement, de mission et autres frais professionnels ; montant du revenu brut imposable ; montant des retenues au titre de la pension de retraite, de la CNSS et des organismes de prévoyance sociale ; taux des frais professionnels ; échéances prélevées au titre du principal et des intérêts de prêts contractés pour l'acquisition de logements sociaux ; nombre de réductions pour charges de famille ; montant du revenu net imposable ; montant des retenues au titre de l'impôt ; période à laquelle s'applique le paiement.
Deux rubriques changent l'audit : le « taux des frais professionnels », qui rend la déduction nominative — un 35 % déclaré au-delà de 78 000 DH y devient visible ; et la « période à laquelle s'applique le paiement », qui expose les rattachements ratés lors des régularisations.
5.2 Les deux annexes que l'on oublie
La déclaration principale est complétée par un « état annexe des rémunérations et indemnités occasionnelles visées à l'article 58-C » — le Code imprime cette renvoi, la référence exacte étant l'article 58-II-C — indiquant pour chaque bénéficiaire nom, prénoms, adresse, profession, montant brut des sommes payées et retenues opérées. Consultants payés à la tâche, formateurs vacataires, intervenants : souvent gérés par les achats et non par la paie, alors qu'ils relèvent de la retenue sur brut et de l'obligation déclarative. S'y ajoute, depuis la loi de finances 2026, l'état exigé par le nouveau paragraphe VII de l'article 79 pour les salariés Casablanca Finance City visés à l'article 73-II-F-9°.
5.3 Les stagiaires : déclaration à part, dossier à part
L'article 79-II organise une déclaration distincte pour les stagiaires bénéficiant de l'exonération de l'article 57-16°. Elle reprend une sélection de rubriques du I (1°, 2°, 4°, 5°, 8°, 12° et 14°), et comporte une copie du contrat de stage ainsi qu'une attestation d'inscription à l'ANAPEC dûment légalisée par stagiaire. L'exonération n'est donc ni présumée ni automatique : elle tient à un dossier — et, depuis le plafond de l'article 57-16°, à un montant : une indemnité mensuelle brute de 6 000 dirhams au plus, pour douze mois, sous peine de perte du bénéfice de l'exonération pour l'entreprise comme pour le stagiaire.
5.4 Le livre spécial, l'imprimé et le récépissé
L'article 79-I précise que la déclaration est rédigée sur ou d'après un imprimé-modèle établi par l'administration et qu'il en est délivré récépissé : c'est cette pièce qu'on archive avec les états annexes. Le numéro d'imprimé ne figurant pas dans le Code, aucun numéro de formulaire n'est employé ici comme s'il avait valeur légale. L'article 80 impose par ailleurs un « livre spécial ou tout autre document en tenant lieu » permettant le contrôle des déclarations des articles 79 et 81 : une obligation autonome, distincte du dépôt, et le premier endroit où l'administration regarde quand une déclaration semble incohérente.
6. Les erreurs de paie qui coûtent le plus cher
| Erreur fréquente | Texte applicable | Ce que la loi exige |
|---|---|---|
| Maintenir 35 % de frais professionnels sur toute l'année | Art. 59-I-A | 25 % dès que le revenu brut annuel imposable dépasse 78 000 DH, plafond 35 000 DH |
| Croire le plafond écarté pour les catégories favorisées | Art. 59-I-A et B | 35 000 DH, écrit au A et au chapeau du B, donc pour les taux de 25 %, 35 % et 45 % |
| Retenir l'IR sur une rémunération occasionnelle nette de ses cotisations | Art. 156-I | Retenue sur le brut, sans aucune déduction, aux taux de l'art. 73-II-G-1° ou 2° |
| Fixer un avantage en nature par convention interne | Art. 58-I | Valeur réelle ; la retenue sur salaire vient en déduction de cette valeur |
| Verser la retenue au-delà du mois suivant le mois de paie | Art. 174-I | Versement dans le mois qui suit, à la caisse du receveur du lieu |
| Déduire une complémentaire sans tracer l'adhésion | Art. 59-II | Versement mensuel aux organismes et copie certifiée des contrats d'adhésion |
| Ignorer les charges de famille, ou garder les anciens montants | Art. 74, 75 et LF 50-25 | 600 DH par charge et plafond de 3 600 DH pour les revenus acquis depuis le 1er janvier 2026, imputés sur la retenue |
| Oublier annexes et livre spécial | Art. 79-I, II, VII et 80 | État annexe des occasionnels, dossier stagiaires, état CFC depuis 2026, livre spécial tenu |
Source(s) : lecture directe des articles 57-16°, 58-I, 59-I, 59-II, 74, 75, 79-I, 79-II, 79-VII, 80, 156-I et 174-I du Code général des impôts, édition officielle consolidée 2026, et de l'article 7 de la loi de finances n° 50-25.
Une précision, pour ne pas aller plus loin que le texte : cet article ne publie ni taux de majoration ni montant d'amende — les majorations de l'article 184 visent d'autres déclarations que celle des traitements et salaires. En pratique, une retenue non prélevée reste un trou que le retenancier comble de ses propres deniers ; la récupérer sur le salarié relève du dialogue social, non du texte fiscal.
7. Checklist : passer la paie 2026 au crible avant la déclaration
Audit IR de la paie — points à valider
- ☐ Reconstituer le brut imposable de chaque salarié selon l'article 56 et vérifier le rattachement de chaque rubrique de paie
- ☐ Calculer le revenu brut annuel imposable et basculer de 35 % à 25 % au franchissement de 78 000 DH
- ☐ Contrôler le plafond de 35 000 DH sur les taux de 25 %, 35 % et 45 %
- ☐ Évaluer chaque avantage en nature à sa valeur réelle, participation imputée, méthode consignée dans un dossier daté
- ☐ Tracer le versement mensuel des complémentaires retraite et les contrats d'adhésion certifiés
- ☐ Actualiser les personnes à charge et appliquer les 600 DH par charge, dans la limite de 3 600 DH
- ☐ Isoler les rémunérations occasionnelles hors personnel permanent et appliquer le taux de l'article 73-II-G sur le brut
- ☐ Caler le versement de la retenue sur le mois qui suit chaque mois de paiement, avec bordereau-avis daté et signé
- ☐ Tenir le livre spécial de l'article 80 et vérifier qu'il permet de reconstituer les déclarations des articles 79 et 81
- ☐ Vérifier les plafonds de stage : 6 000 DH par mois, douze mois, attestation ANAPEC et contrat au dossier
- ☐ Préparer la déclaration annuelle avant le 1er mars, état annexe inclus et, pour les sociétés CFC, l'état du nouvel article 79-VII
- ☐ Archiver récépissés de dépôt et bordereaux-avis de l'année dans le dossier de l'exercice
Questions fréquentes
Le barème de l'IR a-t-il changé en 2026 ?
Non : la grille appliquée en 2026, exonérée jusqu'à 40 000 DH de revenu annuel puis progressive jusqu'à 37 %, est rattachée dans le Code à l'article 8 de la loi de finances n° 60-24 pour 2025, et la loi de finances n° 50-25 n'a pas touché l'article 73-I. Deux choses ont bien changé en 2026, en revanche : la réduction pour charges de famille est passée de 500 à 600 dirhams par personne à charge, son plafond de 3 000 à 3 600 dirhams, et l'article 79 compte un nouveau paragraphe VII qui ajoute un état à la déclaration des sociétés Casablanca Finance City. Le détail des tranches figure dans notre article du 26 février 2026.
Quel taux de frais professionnels pour un cadre dont le brut annuel imposable dépasse 78 000 dirhams ?
25 %, et non 35 %. Le taux de 35 % est réservé aux revenus bruts annuels imposables n'excédant pas 78 000 DH, hors les catégories des B et C de l'article 59-I. La déduction ne peut excéder 35 000 DH par an — plafond écrit au A et au chapeau du B — et le taux retenu doit figurer à la rubrique correspondante de la déclaration annuelle.
Un avantage en nature peut-il être évalué par un forfait interne ?
Le forfait interne n'a pas de valeur légale : l'article 58-I impose la valeur réelle. Une méthode maison reste utilisable si elle est documentée, datée et conforme à cette valeur. Lorsqu'une retenue est pratiquée sur le salaire, son montant vient en déduction de la valeur réelle.
Une prime versée en rattrapage suit-elle le mois concerné ?
Non. La retenue est faite « sur chaque paiement effectué » (article 156-I) : la date de paiement commande, et le versement intervient dans le mois qui suit. La déclaration annuelle exige en outre la période à laquelle s'applique le paiement.
Comment retenir l'IR sur un intervenant payé une fois, sans contrat de travail ?
Aux taux de l'article 73-II-G-1° ou 2° selon le cas — 30 % pour les rémunérations et indemnités occasionnelles versées à des personnes ne faisant pas partie du personnel permanent —, sur le montant brut et sans aucune déduction. La somme est versée selon l'article 174-I, et le bénéficiaire figure dans l'état annexe prévu à l'article 79-I.
Que faire d'un stagiaire dont l'indemnité dépasse 6 000 dirhams par mois ?
Rien de tolérable : l'article 57-16° plafonne l'exonération à 6 000 dirhams bruts par mois pour douze mois, et au-delà l'entreprise et le stagiaire la perdent. La déclaration de l'article 79-II exige en outre copie du contrat de stage et attestation ANAPEC légalisée.
Sources et références
- Code général des impôts du Royaume du Maroc, édition officielle consolidée 2026 « tel que modifié et complété », publication de la Direction générale des impôts, 765 pages, 6 417 906 octets, empreinte sha256
fe03c94471aefd23a9be9de11da5bff0593b45a72c2f90939eeaae7298b413e1(finances.gov.ma, répertoire de publication 2025). Articles lus et cités : 56, 57 dont 16° et 27°, 58-I, 58-II-A, 58-II-B, 59-I, 59-II, 60-II, 60-III, 73-I, 73-II-F-9°, 73-II-G, 74, 75, 79-I, 79-II, 79-VII, 80, 156-I, 156-III, 156-IV, 174-I, 184. Exemplaire de travail et extraction textuelle conservés sousref_CGI_2026_FR.pdf. - Loi de finances n° 50-25 pour l'année budgétaire 2026, promulguée par le dahir n° 1-25-67 du 19 joumada II 1447 (10 décembre 2025), publiée au Bulletin officiel n° 7465 bis du 25 joumada II 1447 (16 décembre 2025) — énumération des dispositions modifiées et montants de l'article 74-I, date d'effet « aux revenus acquis à compter du 1er janvier 2026 ».
- Loi de finances n° 60-24 pour 2025, article 8 (Bulletin officiel n° 7362 du 19 décembre 2024) — montants antérieurs de 500 et 3 000 dirhams à l'article 74, et note 416 de l'article 73-I pour le barème ; loi de finances n° 50-22 pour 2023, article 6, note de l'article 59-I pour les taux et plafonds de frais professionnels.
- Loi n° 30-09 (contrat sportif professionnel), visée à l'article 60-III du CGI, et dahir portant loi n° 1-72-184 du 27 juillet 1972, visé à l'article 59-II pour la déductibilité des cotisations.
- e-RH Pro, « Réforme IR Maroc 2025-2026 : nouveau barème, ce qui change », 26 février 2026 — pour la grille des tranches, non reproduite ici.
- e-RH Pro, « PLF 2027 au Maroc : les cinq priorités adoptées en Conseil des ministres », 19 octobre 2026 — pour le point 1.3.
Méthodologie : article établi le 19 octobre 2026 après lecture article par article de l'édition officielle consolidée 2026 du Code général des impôts, téléchargée, extraite puis vérifiée ; taux, seuils, plafonds, délais, rubriques et dates d'effet cités sont ceux du texte ou du Bulletin officiel de promulgation de la loi de finances n° 50-25, sans réécriture ni arrondi. La liste des dispositions modifiées est celle du Bulletin officiel n° 7465 bis ; l'absence des articles 56, 58, 59, 155, 156 et 174-I de cette énumération y est constatée, et l'article s'en tient à ce constat. Trois silences sont délibérés. Aucun montant de sanction : les majorations de l'article 184 ne nomment ni la déclaration des traitements et salaires ni le reversement de la retenue, et nous ne leur prêtons pas un champ qu'elles n'ont pas. Aucune date d'échéance de cotisations sociales : la déclaration mensuelle des salaires à la CNSS relève du règlement intérieur de la Caisse, non du Code général des impôts — son calendrier est traité dans notre article dédié au calendrier de fin d'année. Aucun numéro d'imprimé : la loi ne vise qu'un modèle établi par l'administration. La formule sur la retenue non prélevée restant à charge du retenancier est une observation de pratique, non une disposition citée. La grille des tranches n'est pas reproduite, notre publication du 26 février 2026 la couvrant déjà ; les seuils de déclaration sociale d'autres pays, notamment français, ont été écartés comme non transposables.
Articles liés

Calendrier RH et paie novembre-décembre 2026 : les échéances réellement fixées par la loi
Retenue à la source « dans le mois qui suit », TVA le 20 ou en fin de mois selon le régime, quatrième acompte d'IS avant fin décembre, option CFC avant le 1er février, déclaration annuelle avant le 1er mars : le calendrier de fin d'année, article du CGI par article.
Loi de Finances 2026 : résumé des principaux changements
Synthèse pratique de la Loi de Finances 2026 au Maroc : IR, SMIG, TVA, CNSS, impacts paie et points de vigilance pour salariés et employeurs.
Comment calculer votre salaire net au Maroc en 2026
Calcul du salaire net au Maroc en 2026 : méthode brut-net, CNSS, AMO, IR, primes, avantages, exemples et erreurs à éviter.
Besoin d'aide avec vos calculs RH ?
Utilisez nos calculateurs gratuits et conformes au droit du travail marocain 2026 pour simplifier votre gestion quotidienne.